Mon Journal - My Journal   
11/10/2002

     Rassurez-vous, ce mail est moitié plus court que le précédent, même si c’est un mois que j’ai à raconter là alors que la dernière fois, il ne s’agissait que de mes deux premières semaines. Je promets de faire un effort pour écrire plus souvent, mais des mails moins longs.
     On n’y coupera plus, l’annonce du plan sans aucune transition entre les parties pour éviter les blablas :

- La fac, les cours, mon job.
- Les filles et la vie Nocturne à Taipei.
- Christianisme à l’asiatique.
- Les fêtes juives de Tichri, ma nuit au Ritz et mes cours de Taijiquan.
- La fête de la Mi-Automne.
- Mon invitation VIP à l’anniversaire de Confucius.
- Les Taiwanais ne doivent jamais perdre la face (la fête Nationale et mon voyage raté).
- Ma condition d’étranger, suite…
- La perception des français par les Taiwanais.


La fac, les cours, mon job

      La routine s’est maintenant presque installée, avec mes deux heures de chinois quotidiennes qui me font progresser on ne peut plus rapidement, mais qui m’obligent aussi à beaucoup travailler (je fais des lignes d’écriture, comme au CP !). Mercredi dernier (le 09/10), j’ai eu mon premier partiel de l’année, dont la modestie m’oblige à taire la note.
      Je traîne la plupart du temps avec des personnes de ma classe, japonais et coréens, avec lesquels je suis obligé de parler mandarin, et peu avec les Américains, qui ne se résolvent pas à essayer de parler chinois entre occidentaux.
      Je suis en outre assez écœuré par l’attitude de plusieurs de ces occidentaux, qui se refusent à essayer de comprendre les différences, qui se moquent et critiquent ouvertement les Taiwanais, les méprisent, les évitent, essaient de grappiller tous les avantages que peut leur conférer la blancheur de leur peau… Je généralise, c’est vrai, mais il y en a vraiment beaucoup… Personnellement, je ne comprends pas comment on peut vouloir apprendre le chinois et ne souhaiter rester qu’entre européens, ne manger que chez McDo ou dans les resto à l’occidentale. Je suis vraiment déçu et choqué par ce repli de la part des « expats », notamment des américains.
      Sinon, j’ai « trouvé » deux français qui ont les mêmes centres d’intérêt que moi et les mêmes objectifs de découverte, Aurélia et Sven (si si, même avec ce prénom, il est un peu français). Ce sont devenus mes « compagnons de visite » de tous les endroits qui parce qu’ils les vivent quotidiennement ou parce qu’ils sont trop touristiques, ne sont pas des lieux d’attraction particuliers pour les Taiwanais.
      Enfin, à côté de la vie à la fac, l’Ecole Française m’a recontacté, et c’est en fait à sa secrétaire que je donne des cours de français (je l’aide en fait à maintenir son secrétariat dans une langue correcte). Rébecca a trente ans mais en paraît vingt, elle est très mignonne, toujours souriante et drôle, elle me paie plutôt bien, d’autant plus que c’est un plaisir de bosser avec elle, surtout depuis qu’elle a compris que quand je disais qu’on allait essayer de rendre son français plus idiomatique, ça ne voulait pas dire qu’elle parlerait la langue comme une idiote.
      J’apprends moi-même beaucoup avec elle, je suis en effet obligé de trouver des règles et des explications à des phénomènes de langue auxquels je n’avais jamais réfléchi auparavant. De plus, je n’aurais jamais cru qu’il soit si difficile pour un étranger de prononcer nos R gutturaux et nos nasales (In, On, An, En…).

      J’ai promis de faire bref, je m’arrête là pour cette partie.
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Les filles et la vie Nocturne à Taipei.

      (Que ceux qui ont déjà lu cette partie dans un autre mail soient indulgents, j’espère que la notoriété publique de ma fainéantise me servira d’excuse à leurs yeux…)

      En plus du fait que je sois sensible aux yeux bridés, je trouve que les filles de Taiwan tellement fines mais tellement bien foutues qu'elles font comprendre que l'occident tend à l'obésité.
      On peut découper ces filles en deux catégories. D'un côté, celles qui ont réussi le concours d'entrée à l'Université. Ce sont les filles de bonnes familles, qui trouvent leur amoureux à l'Université, qui rêvent toutes de mettre les pieds dans une boite de nuit, mais qui en sont tenues écartées par leurs parents qui utilisent pour cela des bruits de mafia et de drogues exagérés.
      De l'autre côté, les filles qui ont commencé à travailler après le bac. Elles vivent encore chez leurs parents, mais sont plus indépendantes vu qu'elles ont déjà leur argent à elle. Elles peuvent donc utiliser cet argent pour aller en boite, et elles y passent leur vendredi et leur samedi nuit à moitié nues, avec pour objectif de choper un riche occidental, qui sont les seuls autres au niveau de vie assez élevé pour s'offrir ce type de sortie (la boite coûte à peu près le même prix qu'en France, c’est-à-dire très cher si on regarde l'ensemble des prix Taiwanais).
      Ca donne vraiment un spectacle de débauche, où les filles viennent frotter leurs derrières sur vos gargouilles de façon à vous faire sauter au plafond. Mais attention, ce ne sont pas des prostituées, ce sont de simples filles qui draguent, elles sont libres (je tenais à préciser ceci pour qu'aucun rapprochement ne soit fait avec la Thaïlande ou les Philippines, par exemple).
      Je ne dis pas que quand j'y suis allé, je n’ai pas été excité comme tous les blancs, qui y vont pour ça, mais c'est vraiment un spectacle gerbant de voir ces vieux américains de 50 ans accoster des minettes de 25 ans (qui comme toutes les Chinoises, en font 10 de moins !) et être sûrs de se les taper, de voir ces filles si bien foutues se donner comme ça à n'importe quel gros porc ! Malheureusement -ou heureusement- pour moi, j'aime les intellectuelles, ce qui veut dire qu'il faudra que je drague à la fac, ce qui veut dire qu'il faudra que j'attende de mieux parler chinois, parce que celles-ci, le langage direct du sexe, elles le comprennent moins bien.

      La première fois que j’ai été en boite, j’ai eu la chance de rencontrer Joan. Joan m’a été présentée par un français qui depuis est rentré au pays. Joan, c’est le passe-partout de Taipei. Non pas qu’elle ressemble particulièrement au petit nain blond de Fort Boyard –elle est au contraire très mignonne-, mais elle a ses entrées (et les entrées de ses amis) dans toutes les boîtes de Taipei, y compris les plus selects. C’est assez pratique. Malheureusement pour moi, un soir, j’ai dansé trop près de sa meilleure amie, et je crois que toutes les deux m’en veulent parce qu’il ne s’est rien passé… Dommage, Joan était un bon filon pour les nuits Taipeïennes…
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Christianisme à l’asiatique.

      Les Chinois représentent encore une « terre » en friche pour les chrétiens, et il y a donc plusieurs congrégations européennes qui sont installées à Taiwan dans le but d’évangéliser la population. Si on considère le nombre de personnes qui portent une croix, se disent chrétiennes ou disent croire en Jésus, leurs résultats semblent plutôt bons… Mais en approfondissant les choses, on se rend compte qu’il reste pas mal de travail et que le christianisme local est assez folklorique.
      Tout d’abord, il faut savoir que les religions asiatiques comportent peu de contradictions entre elles et qu’elles se tolèrent donc parfaitement. Beaucoup de Chinois sont donc à la fois Bouddhistes, Taoïstes et Confucianistes. Là où le bât blesse, c’est quand on essaie d’ajouter le christianisme à sa collection de religion. Si on met à part les businessmen qui pensent que la conversion leur servira dans les affaires avec l’Occident, on se rend compte que chez les gens qui sont vraiment croyants, et j’ai eu la possibilité de discuter avec plusieurs d’entre eux, le christianisme correspond en fait à une nouvelle mythologie. Jésus est un Dieu de plus, avec la légende qui va avec, à ajouter à leur panthéon.
      Certains chrétiens très pratiquant se distinguent quand même, par leur tentative d’analyse un peu plus profonde de la religion, mais cette analyse est quand même souvent fortement empreinte de leur background asiatique. Ainsi, c’est une version souvent édulcorée et commerciale du christianisme à laquelle on assiste. Les messes, par exemple, sont souvent célébrées sous forme de Gospel, ça attire forcément plus de prosélytes que des chants grégoriens. La plupart des congrégations sont gérées par des missionnaires protestants, mais peu des fidèles le savent, pour eux ils sont tous simplement chrétiens (une personne m’a cependant affirmé que les catholiques n’étaient pas chrétiens !). Enfin, pour deux personnes de congrégations différentes avec lesquelles j’ai discuté, qui paraissent avoir réfléchi au-delà de leur perception asiatique de la religion, ce qui semble attirer dans le christianisme, ce n’est ni l’aspect surhumain d’un Dieu créateur de toute chose, ni le message d’amour du Christ, mais surtout la notion de Libre Arbitre, qui s’oppose radicalement à la « Fatalité » qui décide de la vie et des cycles de réincarnation dans le Bouddhisme.
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Les fêtes juives de Tichri, ma nuit au Ritz et mes cours de Taijiquan.

      Pour les non-initiés, les fêtes de Tichri sont les fêtes de la nouvelle année juive, respectivement : le nouvel an (Roch Hachana), le grand pardon (Yom Kippour) et la fête des cabannes (Souccot).
      J’ai déjà décrit la communauté juive et expliqué pourquoi je ne l’aimais pas. Je n’ai pas changé d’avis, et je trouve le rabbin toujours aussi incompétent, voir plus, depuis que je me rends compte que ses sermons sont les mêmes une semaine sur deux. Ce rabbin est tellement nul, que depuis trois ans, personne à Taipei n’avait sonné le chofar (corne de bélier rituelle dans laquelle on souffle comme dans une trompette à l’occasion des fêtes de début d’année), parce que lui-même ne sait pas le faire, et que la seule personne qui savait le faire est depuis partie vivre aux Etats-Unis. C’est donc moi qui l’ai sonné pour Roch Hachana et pour Kippour, ce qui m’a permis de poser un ultimatum à la communauté qui m'a valu le privilège d’une nuit à l’œil au Ritz Hôtel.
      En effet, je n’avais nulle part d’assez proche de la synagogue (qui je le rappelle est à l’intérieur du Ritz) pour y aller à pieds où passer la nuit de Kippour. J’ai donc dis que si j’avais à rentrer chez moi (à deux heures de marche) pour passer la nuit, je ne reviendrais pas le lendemain, et qu’il n’y aurait donc personne pour sonner le chofar. Le rabbin m’a donc offert la nuit sur place. La qualité du rabbin et l’antipathie générale de cette communauté fait que je n’ai aucun remord d’avoir utilisé ce moyen de pression (je dois préciser pour ceux qui ne le savent pas qu’il est interdit d’utiliser l’électricité ce jour là, donc ni taxi, ni métro, et que je n’avais donc vraiment pas le choix si je voulais être là le lendemain).
     
      Une personne rachète le lot de l’ensemble de cette communauté : Chris. Chris a un parcours original. C’est un norvégien qui pratique le Taijiquan –prononcer taïtsitchuenne- (qui contrairement à ce que beaucoup croient en Europe tient plus de l’art martial que de la gymnastique) et qui a réussi à se hisser à un tel niveau qu’il est aujourd’hui deuxième national à Taiwan. Il m’a gentiment proposé de me donner gratuitement des cours de Taijiquan (j’ai finalement obtenu de lui qu’il accepte au moins que je l’invite dans un bon resto pour le remercier). Voilà comment je prends deux heures par semaine des cours de ce sport local ( En effet, si on va dans les parcs de Taipei à 6h du matin, on peut observer plusieurs dizaines de personne en train de le pratiquer ).
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La fête de la Mi-Automne

      Le 21 septembre dernier avait lieu ce que les Chinois appellent la fête de la mi-automne. Il s’agit en Chine et à Taiwan d’une fête qui a la même valeur familiale et traditionnelle que Noël, c’est un jour férié, on y mange des grillades et des gâteaux à base de haricots rouges, de pommes de pin et d’œuf (Yué Ping) et à 21h59, on y regarde la Lune en souvenir d’une petite histoire : l’architecte Heou Yi avait construit un palais de jade pour la déesse du paradis de l’Ouest. En récompense, elle lui donna un flacon contenant un élixir d’immortalité avec l’avertissement de n’en user que sous certaines conditions. Sous épouse, Tchang-o, toujours curieuse, découvrit le flacon et en avala le contenu. Punie pour cette légèreté, elle fut bannie sur la Lune, où, selon la tradition, sa beauté prend tout son éclat le 15ème jour du huitième mois lunaire du calendrier chinois. Une légende « additionnelle » veut qu’elle soit accompagnée dans son exil d’un lapin porte bonheur qui, si on le regarde ce jour là, nous fera gagner beaucoup d’argent.
      Malgré tous mes efforts auprès des personnes que je connaissais, la fête de la Mi-Automne est une fête trop familiale pour que je puisse y avoir été invité. J’ai quand même essayé de regarder la lune ce soir là, mais il y avait malheureusement trop de brouillard (pollution ?).
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Mon invitation VIP à l’anniversaire de Confucius.

      Confucius est un philosophe qui a tellement marqué la culture chinoise que le culte naturel qui est rendu aux morts en Chine s’est transformé en véritable religion en ce qui le concerne. Il y a des Temples de Confucius un peu partout dans l’île, mais le plus important est celui de Taipei.
      La cérémonie de l’anniversaire de Confucius a lieu tous les 28 septembre, mais n’est accessible à Taipei que sur invitation, à moins d'avoir le courage de se lever vers 3h du matin pour faire la queue en espérant qu'il restera assez de places pour entrer. J’ai réussi en passant coup de fil sur coup fil (cf. la partie : « surtout ne jamais perdre la face ») à en obtenir une, et j’ai donc pu assister à cette cérémonie dirigée par le Maire de Taipei et qui met en scène une bonne partie du gratin local, l’autre partie en étant spectatrice.
      Pour plus de détails sur Confucius, le déroulement de la cérémonie et les photos des rituels véritablement magnifiques du temple, allez directement consulter l’Album Photo.
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Les Taiwanais ne doivent jamais perdre la face (la fête Nationale et mon voyage raté).

      Un trait de caractère insupportable chez les Taiwanais, c’est leur volonté de préserver les apparences. Je l’ai déjà dit, les Taiwanais sont toujours prompts à rendre service. Le malheur est que s’ils n’en sont pas capables, ils feront semblant de l’être quand même. Ainsi, il est fréquent que lorsqu’on demande un renseignement, on se voit répondre n’importe quoi, l’essentiel étant que l’interlocuteur nous ai donné l’impression de savoir. Je trouve ceci très frustrant dans cette société absolument bureaucratique, ou rien ne se fait ou se décide sans l’approbation de plusieurs supérieurs d’un côté, mais où, pour ne pas perdre la face, les sous-fifres font semblant de décider de tout et d’avoir réponse à tout quand on s’adresse à eux pour un service ou un renseignement de l’autre. Ainsi, Alison, la charmante personne qui s’occupe de mon échange, m’a-t-elle coûté 500 dollars de plus pour le retard dans le paiement des frais de sécurité sociale, mais au moins m’aura-t-elle fait croire jusqu’au bout que c’était elle qui s’occupait de tout… Un autre exemple, pour obtenir mon invitation pour l’anniversaire de Confucius, j’ai commencé par téléphoner à l’office du tourisme, où une incompétente qui était pourtant payée pour ça m’a assuré que la cérémonie avait lieu à 8h du matin et que je pouvais m’y rendre sans invitation. Ce qu’elle me disait était tellement en contradiction avec ce que je pouvais lire dans mon guide de Taiwan qu’il a fallu que je remue un peu ses supérieurs pour enfin m’entendre confirmer qu’il fallait une invitation pour cette cérémonie, qui avait lieu à 6h, et non pas 8h du matin.
      Autre exemple, qui m’a sérieusement mis en boule pas plus tard qu’hier.
      Le 10 octobre a lieu l’anniversaire de la Révolution Nationaliste Chinoise. Il s’agit de la fête nationale de Taiwan, habituellement marquée le matin par une cérémonie devant le palais présidentiel avec des défilés militaires et des démonstrations de danses traditionnelles et d’art martiaux, et le soir par un feu d’artifice réputé spectaculaire. Alors que la dernière fois aurait du me servir de leçon, je donne une seconde chance à l’office du tourisme. Je téléphone, et ils m’expliquent que cette année, parce que la situation avec la Chine est tendue, il n’y aura pas de manifestation le matin et que le feu d’artifice est transféré dans la troisième ville du pays, Taichung. Ni une ni deux, n’écoutant que mon esprit de scout, je fais mon sac à dos et je pars pour Taichung, décidant de m’accorder un pont le vendredi pour visiter aussi les environs. Le lendemain matin, j’allume innocemment la télévision de l'hotel où je dors, et je tombe alors sur la rediffusion de la célébration de la fête nationale devant le palais présidentiel, avec de très jolies danses et de belles démonstrations d’art martiaux. Sur le moment, j’avais envie de téléphoner à l’office du tourisme pour leur balancer les quelques insultes chinoises que je connais déjà. Mais le jour de la fête nationale, l’office du tourisme est fermé.
      Je finis par me dire que bon, à défaut de la célébration présidentielle, il me reste le feu d’artifice. Le réceptionniste de l’hôtel m’ayant dit que 20 minutes suffisaient pour se rendre à l’emplacement de celui-ci, je prends mon temps dans l’après midi pour visiter les rares jolies choses à voir à Taichung dont un superbe bouddha de 13 m en or (photos et explications dans l'Album). Au cas où et pour être bien placé, je décide de me rendre sur place 40 minutes à l’avance. Il m’a en fait fallu près de deux heures pour y aller, je suis arrivé pour les derniers pétards du bouquet final. Deux fois dans la même journée, j’ai donc été victime de personnes qui ont préféré inventer des réponses plutôt que de me dire qu’elles ne savaient pas répondre à mes questions. De plus, j’ai été à Taichung quasiment pour rien. Du coup, comme ça m’énervait d’utiliser une des absences en cours de mon quota autorisé pour n’avoir rien vu, j’ai pris le bus à 5h du matin pour me pointer en cours à Taipei quand même. Je vais quand même me consoler en retournant visiter demain et après-demain la région de Taichung, dans laquelle il y a plus de choses à voir que dans la ville elle-même.
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Ma condition d’étranger, suite…

      J’avais déjà dit qu’en tant que blanc, je passais difficilement inaperçu… cette condition d’étranger est parfois dure à porter. Tout d’abord, il est inconcevable que je puisse ou veuille m’exprimer en chinois, et je n’y arrive qu’en insistant ou en profitant des faiblesses de l’anglais de mon interlocuteur. Ainsi, quand je heurte quelqu’un dans la rue, on ne me dit pas Touépoutchi, version chinoise de « pardon », mais Sorry. Quand j’entre dans un magasin, on me gratifie systématiquement d’un Hello ou d’un Hi. Quand une personne se débrouille un peu en anglais, c’est avec cette langue qu’elle commencera à s’adresser à moi. Plus gênant encore, quand je veux demander ma direction dans la rue, à peine dis-je « Touépoutchi » (je parle donc chinois !), qu’on me répond avec un air désolé « Am Solly, A dat spak Ingleush », version accentuée à la chinoise d’un « I’m Sorry, I don’t speak English.»
      Plus vexant, je comprends à présent ce que peuvent parfois ressentir un noir ou un maghrébin dans le Métro Parisien, quand je vois bien que les gens évitent de s'asseoir à côté de moi, parfois avec un air gêné, en évitant de croiser mon regard.
      Amusant cette fois, ce petit garçon qui m'a montré du doigt en chuchotant assez fort à sa maman que j'avais de grands yeux.
      Enfin, je ne fais pas cent mètres dans la rue sans être klaxonné par un Taxi qui suppose qu’en bon blanc, je suis perdu dans Taipei et j’ai assez d’argent pour utiliser ses services…
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La perception des français par les Taiwanais.

      Un peu plus marrant, maintenant, ce sont toutes les idées qui sont associées aux français par les Taiwanais. Tout d’abord, si tous les nez des blancs sont longs, indéniablement, les plus longs sont ceux des français. Ensuite, nous sommes tous désespérément romantiques même si nous buvons beaucoup de vin (d’ailleurs, les deux seules villes françaises connues, ce sont Paris et Bordeaux –certains connaissent parfois aussi Nice). Le Merveilleux Destin d’Amélie Poulain a beaucoup ému ici et il est de bon ton de dire que l’on sait ce qu’est Montmartre.
      Dans ce pays où les ambitions collectives et individuelles reposent toutes sur l’éducation, la France, c’est aussi et surtout le pays des études de qualité et pas chères, même si la plupart préfèrent pour des raisons de « business » aller aux Etats-Unis. Sciences-po est cependant impressionnement connue ici. Polytechnique, connaît pas, ou alors, il y a bien Polytechniques à Zurich, mais c’est moins bien que le MIT américain. HEC ? On ne connaît qu’Harvard… que dire alors de l’ENA ou de Normale Sup… Par contre, quand par flemme de m’attarder sur les spécificités de Sciences-Po au sein des spécificités du système universitaire français, je réponds simplement que je suis en fac de politique, on me demande souvent sur un ton admiratif si je suis élève à l’Astata d’atade poulataque à Pali, traduire IEP de Paris avec l’accent. C’est certainement un cas exceptionnel sur la planète, mais je suis bien tombé et ça fait du bien à l’égo.
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Merci d'avoir tout lu jusqu'au bout.


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